Mon profond salut au Congrès du Parti Communiste Fran …

FSPValter Pomar*
Je remercie, au nom du Forum de Sao Paulo, l’invitation à prendre la parole devant les délégués au congrès du Parti Communiste Français.
Je voudrais profiter de cette occasion pour partager des opinions et des résolutions que nous avons adoptées lors de la récente réunion qui a eu lieu en Janvier 2013, à Quito.
Le premier thème qui en ressort c’est que la crise internationale continue. Bien qu’avec un impact différent selon la région, le pays, le secteur de l’économie, la classe social, mais la vérité est là : la crise continue et c’est autour d’elle, de ses effets et de la recherche de solutions que s’organise la lutte entre les Etats et les classes sociales à l’échelle nationale et mondiale.
La crise internatioale continue en partie par les déterminants structurels du capitalisme en cette période d’impérialisme financier, en partie parce que les classes dirigeantes aux États-Unis et en Europe sont engagées dans des politiques au style néolibéral, d’austérité extrême, qui opèrent contre leurs populations, de pillage et de guerre contre les périphéries du monde, et aussi d’affrontement contre les pays, petits ou grands, qui s’investissent à construire des alternatives au néolibéralisme, à l’impérialisme, aux forces encore hégémoniques sur la planète. Elle se doit également en partie au fait que les forces capables de surmonter la crise et de construire un autre type de société n’ont pas encore émergé, tout au moins à l’échelle requise.
La continuité de la crise, l’attitude des classes dirigeantes et la faiblesse relative des forces de gauche et progressistes indiquent que nous continuerons à vivre une période d’instabilité mondiale, marquée par des crises économiques, par de profonds conflits sociaux, ainsi que par des guerres de plus en plus sanglantes. C’est impossible de prédire combien de temps durera cette instabilité, quelles seront ses tendances à moyen terme, car cela dépend de la lutte qui s’est désormais déclenchée entre les classes sociales dans chaque pays et entre les Etats à l’échelle régionale et mondiale.
C’est dans ce contexte que nous analysons la situation des États-Unis.
Les États-Unis font face à deux problèmes: une détérioration de leur hégémonie mondiale et un appauvrissement relatif de leur structure productive. Les deux processus, bien entendu, sont liés. Trouver la bonne solution à ces deux problèmes, du point de vue des classes dirigeantes, en restructurant l’économie américaine et en récupérant son rôle hégémonique dans le monde, implique un haut niveau de cohésion de la classe dirigeante américaine, qui ne peut se produire que dans le contexte d’un conflit militaire internationale aiguë et/ou d’effondrement interne.
En ce qui concerne le premier point, les EUA n’ont pas les conditions géopolitiques ni économiques pour faire face à un conflit ayant des effets secondaires bénéfiques pour l’économie du pays, comme ceux de la Seconde Guerre Mondiale. En ce qui concerne le deuxième point, l’effondrement n’est pas encore là, mais une détérioration significative s’avère, capable de créer une ambiance interne difficile, qui pourrait servir d’arrière-plan à une confrontation sociale et politique entre les forces américaines politiques, renforçant la tension mondiale et aboutissant à une intervention militaire pour résoudre ces conflits.
Pour compliquer les choses, l’une des conséquences est l’impasse politique et un équilibre entre les partis républicain et démocrate. Voilà la raison pour laquelle, nous espérons que le deuxième mandat d’Obama soit, dans le meilleur des cas, semblable au premier. Ce qui en aucun cas est une bonne nouvelle pour le monde ou pour l’Amérique Latine, que ce soit du point de vue économiques ou politique.
Nous estimons qu’à long terme le conflit entre les Etats-Unis et ses alliés et les BRICS, aboutira au déplacement géopolitique du centre dynamique du monde vers l’Asie.
La concurrence entre les BRIC et le bloc dirigé par les Etats-Unis se reflète dans différentes régions, comme l’Afrique et l’Amérique Latine, lançant de nombreux défis à l’Amérique Latine et aux Caraïbes, qui ne prétendent pas remplacer l’hégémonie américaine par une autre.
L’Arc du Pacifique, encouragé par l’initiative américaine qui vise briser les efforts d’intégration autonomes comme l’UNASUR et le MERCOSUR, fait également partie du changement de cap de la stratégie politique américaine, dans le but de concentrer les efforts en Asie.
En Europe, nous assistons à l’engagement des classes dirigeantes européennes dans des politiques d’austérité extrême, avec le démantèlement de la sécurité sociale et la réaffirmation de l’Europe commerciale, en dépit de l’Europe démocratique.
Ce choix conduit à un processus de centralisation antidémocratique et antipopulaire, qui provoque différentes réactions, allant de la croissance simultanée de la gauche et de l’extrême droite (comme en Grèce) au questionnement de l’unité nationale (comme en Espagne), à l’encouragement du militarisme (vu dans différentes actions de l’Italie et de la France ces derniers mois), aux menaces de rupture avec l’Union Européenne (comme le gouvernement britannique), entre autres.
Quant à l’Allemagne, aucun espoir que les élections de cette année changent la position du gouvernement allemand, non seulement parce que les sondages montrent Meckel comme la candidate favorite aujourd’hui, mais aussi parce que la politique de Meckel favorise l’hégémonie d’une grande partie de la société allemande.
Quant à la social-démocratie européenne, qu’elle soit représentée par l’opposition comme en Allemagne ou par le gouvernement, comme en France, nous estimons qu’elle ne parviendra pas à proposer ni à mettre en place un programme vraiment alternatif.
Par ailleurs, hormis d’importantes exceptions (comme en Grèce), la gauche européenne n’a pas encore été en mesure de devenir une alternative au gouvernement, ce qui jette une ombre pessimiste sur la capacité de l’Europe de sortir de la crise, avec un penchant vers la gauche, du moins à court terme.
A ce stade, il est important de noter les réussites et de poursuivre le partenariat entre le Parti de la Gauche Européenne et le Forum de Sao Paulo.
Le Forum de Sao Paulo suit de près la situation en Afrique du Nord, Moyen-Orient et d’autres pays voisins. Comme dans d’autres périodes de l’histoire, cette région concentre des conflits et des contradictions, ce qui en soi est déjà tragique pour ses populations, mais qui aujourd’hui pourraient évoluer de façon terrible pour l’humanité.
Certaines situations sont plus critiques. Les élections en Israël, qui ont eu lieu peu de temps après la réunion du GT, ont réaffirmé qu’au sein du gouvernement la tendance restera celle de s’opposer à la solution à deux Etats et de défendre des mesures antidémocratiques, racistes et militaristes. Il s’agit là d’une menace de plus, non seulement pour les Palestiniens et l’Iran, mais aussi pour la paix mondiale.
Les conflits en Syrie et au Mali, quant à eux, confirment qu’un processus est en cours pour déstabiliser la région, ayant pour but de faciliter et de légitimer la présence des puissances européennes et des États-Unis, sous prétexte de lutter contre le terrorisme ou de l’hypocrite responsabilité de protéger.
Le Forum de Sao Paulo estime qu’il est nécessaire de faire parvenir aux partis sociaux-démocrates européens notre évaluation critique sur leur réaction face à la crise actuelle, aux politiques néolibérales, aux problèmes de la migration et, en ce moment précis, face aux attitudes coloniales de l’Europe pour gérer la crise en Libye, Syrie, Mali et Iran.
Nous espérons également que la gauche européenne prendra une position ferme anti-impérialiste et anticolonialiste, et qu’elle ne cédera pas aux discours de responsabilité de protéger ou similaire, tout comme nous attendons une position ferme en faveur de la lutte anticoloniale en Amérique Latine et dans les Caraïbes, soit pour le cas des Malouines, de Puerto Rico ou des possessions d’outre-mer des Pays-Bas et de la France, entre autres. Et bien sûr, la Palestine !
L’appréciation du Forum de Sao Paulo de la situation mondiale a été le point de départ à l’évaluation des réussites, des défis, des faiblesses et des contradictions du processus d’intégration régionale en Amérique Latine et dans les Caraïbes, où nous soulignons l’importance de la Communauté des Pays d’Amérique Latine et des Caraïbes – CELAC et UNASUR.
Il est bien évident que l’intégration est fondée sur la force de nos mouvements sociaux, des partis et des gouvernements, comme c’est le cas de l’Uruguay et de Cuba, du Nicaragua et de la Bolivie, de l’Argentine et du Brésil, de El Salvador et de l’Equateur, parmi d’autre.
Nous espérons que la gauche européenne nous aidera à intensifier la diffusion des réussites des gouvernements progressistes et de gauche. Nous savons que tous ces gouvernements ont comme priorité le besoin d’approfondir les changements. Les résultats obtenus jusqu’à présent en matière d’intégration et de souveraineté nationale, d’égalité sociale et de démocratisation politique sont très importants.
Nous espérons également que la gauche européenne réaffirme sa solidarité envers le peuple et le gouvernement cubain, en particulier contre le blocus et en faveur de la liberté des cinq héros.
Nous espérons également, la solidarité envers le peuple et le gouvernement du Venezuela, ainsi que le soutien à la réélection de Rafael Correa, le 17 Février.
En 2013 et 2014, auront lieu les élections présidentielles en Equateur, au Paraguay, au Chili, à El Salvador et à Honduras.
Dans le cas du Paraguay où les élections auront lieu le 21 Avril, il est important que la Gauche Européenne soutienne les efforts isolés de la gauche Guarani, qui devrait rem399porter le scrutin ou tout au moins polariser la dispute électorale du 21 avril, car les «putschistes» tiennent à empêcher la construction d’une unité et que la gauche remporte les premières places au scrutin. J’attire votre attention sur la situation des paysans prisonniers et soumis à un jugement injuste, ainsi qu’à leur grève de la faim. Nous devons exiger le respect aux droits de l’homme et aux droits politiques de la population paraguayenne, ainsi qu’à son droit à la liberté de manifestation.
Il y a deux pays où le contrôle exercé par l’actuel gouvernement national de droite empêche un processus d’intégration régionale complet.
L’un d’eux est le Mexique, l’autre la Colombie. L’intégration totale de l’Amérique Latine et des Caraïbes n’aura lieu que lorsque le Mexique aura enfin un gouvernement de gauche. Et l’intégration de l’Amérique du Sud sera beaucoup plus forte lorsque la Colombie aura, elle aussi, un gouvernement de gauche.
Dans le cas particulier de la Colombie, nous espérons que la Gauche Européenne soutienne pleinement le processus de négociation FARC-Santos. Il ne s’agit pas seulement de rendre la paix viable, mais d’empêcher que la polarisation de la politique colombienne entre les partis de Santos et Urine continue.
Nous comprenons que dans le contexte international actuel, l’Amérique Latine et les Caraïbes offrent toujours de meilleures conditions pour arracher la lutte pour le socialisme de la situation défensive stratégique dans laquelle elle se trouve.
Nous savons que l’approfondissement des changements et l’accélération de l’intégration régionale seront plus faciles, si nous parvenons à construire une culture de masse, démocratique, populaire, de gauche, en faveur de l’intégration et d’un nouveau modèle de développement.
Ceci, para ailleurs, a comme l’une de ses présuppositions de renforcer les organisations sociales et politiques de gauche en Amérique Latine et dans les Caraïbes, notamment pour améliorer les conditions de fonctionnement du Forum de Sao Paulo.
Notre expérience, depuis la création du Forum de Sao Paulo en 1990, nous montre que renforcer et améliorer le Forum de Sao Paulo c’est approfondir l’intégration régionale. Cela ne résout pas tous les problèmes stratégiques/politiques organisatifs, présents dans la région et/ou dans chaque pays, mais crée l’ambiance dans laquelle il sera possible d’aboutir à de meilleures solutions.
Tous au Forum estiment que l’intégration est stratégique, fondamentale, soit comme protection contre les influences extérieures en général et les effets de la crise internationale, en particulier, soit pour mieux profiter du potentiel régional ou pour servir de «chapeau» aux différents projets stratégiques défendus par les participants du Forum.
De ceux qui défendent le socialisme à ceux qui prônent un nouveau modèle de développement capitaliste, tous reconnaissent que l’intégration est un facteur clé pour limiter la portée et l’ingérence de l’alliance conservatrice entre les oligarques locaux et leurs alliés métropolitains.
Maintenant je vous parle en tant que membre de la direction nationale du Parti des Travailleurs, et non pas comme secrétaire exécutif du Forum de Sao Paulo.
Nous estimons, que dans le monde entier, la gauche tout comme en Amérique Latine et dans les Caraïbes, vit un déficit théorique, ce qui ralentit et dénature la mise en œuvre de nos objectifs.
Ce déficit théorique porte sur l’intégration régionale, sur le bilan de plus d’une décennie de gouvernements progressistes et de gauche, ainsi que sur trois autres thèmes: l’analyse du capitalisme du XXIe siècle, car beaucoup appliquent encore une interprétation du capitalisme correspondant au XXe siècle; le bilan des expériences socialistes, social-démocrates et national-développementistes du XXe siècle, car beaucoup répètent certaines erreurs et ignorent les réussites, ainsi que les leçons issues de ces expériences; et finalement, la stratégie, car dans l’imaginaire de beaucoup de membres de la gauche latino-américaine, Che éclipse Allende, malgré le fait qu’aujourd’hui nous sommes tous impliqués dans une expérience qui tirera beaucoup plus de leçons venant d’Allende que de Che.
Bien sûr, quand on parle de déficit théorique, on ne veut pas dire que la «production intellectuelle est faible», ce que nous affirmons c’est que cette production est de basse qualité.
Dans le cas particulier du Brésil, nous pouvons citer trois facteurs d’influence.
Tout d’abord, la perte du statut de la «classe moyenne traditionnelle» oblige certains secteurs sociaux d’assumer des positions très conservatrices, y compris avec des tendances au fascisme, tout en poussant d’autres secteurs vers des positions de gauche. Et comme la classe moyenne est la base sociale d’une grande partie de l’intelligentsia, y compris de la gauche, cela a des conséquences directes sur la valeur théorique.
Deuxièmement, il y a l’impact et l’influence du néolibéralisme et de la triple crise (du socialisme soviétique, de la social-démocratie et du national-développementalisme) dans le domaine de la culture, de l’éducation et de la communication sociale.
Cet impact et cette influence affectent les mécanismes de formation et de promotion de l’intelligentsia, et ne sont pas  propices à la pensée de gauche.
L’influence néolibérale sur la culture, l’éducation et la communication empêche la formation d’une pensé de masse fondée sur les valeurs de la gauche: il n’y aura pas de culture populaire, avec une multitude en faveur de la souveraineté côtoyant l’intégration, de la démocratie, de l’égalité sociale et d’un nouveau développement, à moins que l’industrie culturelle, l’éducation public et la communication de masse soit renouvelées.
Sans ces changements, nous continuerons à cueillir ce qui a été montré dans un récent sondage qui indiquait le Parti des Travailleurs du Brésil, comme parti préféré (24% contre 6% du parti de centre “Mouvement Démocratique Brésilien” et 5% du parti de droite “Parti de la Social-Démocratie”), tout cela cependant dans un contexte d’une diminution du nombre de personnes qui ont déclaré avoir une préférence pour un parti (nous avons chuté de 61% en 1988 à 44% en 2012).
Troisièmement, les partis de gauche brésiliens ne partagent pas les mêmes stratégies politiques à l’égard de nos deux principales missions: surmonter l’hégémonie néolibérale et entreprendre des réformes structurelles qui vont au-delà du développementalisme conservateur.
Ces différences politiques provoquent deux positions symétriquement incorrectes: un gouvernement exacerbé, qui n’a d’yeux que pour ce qui est “faisable” à l’immédiat et qui s’attaquer à toute critique, ou le gauchisme, qui n’a d’yeux que pour le but final et ne prend en compte aucune analyse réaliste de rapport de force.
Dans un certain sens, le gouvernement exacerbé et le gauchisme expriment le même phénomène: la séparation entre théorie et pratique, entre objectifs finaux et moyens politiques, entre stratégie et tactique.
Pour remédier à cette situation, il nous faut créer un lien inébranlable entre théorie et politique. Surtout maintenant, lorsque nous avons atteint un succès partiel et savons que pour avancer, il nous faut changer d’importants aspects de la stratégie que nous avons adoptée jusqu’à présent.
Il nous faut rendre hégémoniques nos idées, dont l’ADN incorpore la priorité sociale, l’élargissement des libertés démocratiques, l’affirmation du rôle de l’État, l’amalgame entre la souveraineté nationale et l’intégration régionale. Bien sûr, ces idées incluent une gamme de positions, allant des «progressistes» aux socialistes révolutionnaires. Voilà qui est positif! L’une des expériences de Forum de Sao Paulo c’est que l’on ne peut pas craindre la diversité, voire idéologique, au sein de la gauche.
Et pour conclure, je voudrais dire que la conjoncture mondiale et latino-américaine exige plus d’agilité de notre part, si nous voulons changer le cap et passer du combat au néolibéralisme aux réformes structurelles. Plus d’agilité pour l’intégration, plus d’agilité pour appliquer les changements dans nos pays, plus d’efficacité là où nous sommes l’opposition, et en général, plus d’unité de la gauche latino-américaine et des Caraïbes. Et, évidemment, favoriser le dialogue et la coopération entre le Forum de SP et les partis de gauche de l’Océanie, Asie, Afrique, États-Unis et Europe.
Je vous invite à poursuivre la discussion sur ces thèmes lors de XIXe Colloque du Forum de Sao Paulo, qui aura lieu au Brésil, dans la ville de Sao Paulo, du 31 Juillet au 4 Août 2013.
* Valter Pomar est secrétaire exécutif du Forum de Sao Paulo